novembre 2005

 

Cette page, c'est la vôtre : après un Café-Chine, un atelier de cuisine, une projection cinéma, faites-nous part de vos réactions!

 

Lundi 29 novembre - Pekin

 

SORTIES PEKINOISES...

Quelques semaines après mon escapade dans le Fujian, mes excursions en moto dans les rizières en plateau me semblent bien loin ! Le quotidien pékinois est très différent, avec ses embouteillages, ses immeubles et sa grisaille… Pour autant Pékin n’est pas dépourvue de charmes et les occasions d’occuper agréablement ses soirées ne manquent pas. Voici quelques-un des lieux que j’ai découvert ou redécouvert ces dernières semaines. 

 

Vendredi 18 Novembre : Poly Theatre


Ce très chic théâtre proposait Carmen, de Bizet, dans une mise en scène de Roland Petit, avec une équipe artistique chinoise. La première surprise a été de découvrir que Carmen serait précédée de l’Arlésienne, du même compositeur, mais aussi de La Jeune fille et la Mort de Schubert – un mélange des genres assez surprenant !


Les trois pièces ont été traitées comme des ballets de danse, dans une forme assez classique : décors réalistes et entrechats… Pas de chœur, seules les suites pour orchestres ont été interprétées, à ma grande déception. Une soirée agréable, mais pas exceptionnelle, qui m’aura donné l’occasion de profiter pour la première fois des fauteuils moelleux du Poly, et d’observer le ballet – dans la salle ! – du public chic de pékin, expatriés et Chinois sur leur trente-et-un…

Samedi 19 Novembre : Yugong Yishan


Après avoir lu dans un magazine qu’il ne fallait manquer sous aucun prétexte le concert de Abigail Washburn, je me lance à la recherche du Yugong Yishan. Une bonne demi-heure d’errements sont nécessaires pour dénicher cette salle cachée au fond d’un parking sombre, à la porte nord du Stade des Travailleurs. A l’arrivée, l’ambiance est conviviale, à mi-chemin du bar, du club et de la salle de concert : lumière tamisée, public cosmopolite et musique internationale et festive. Les barmen sont chinois, anglais, français… Avant le concert annoncé, nous découvrons un étonnant duo de musiciens kazakhs, qui interprètent un rock métissé d’instruments traditionnels (violon à deux cordes, flûte). Le chanteur maîtrise la technique du chant diphonique, c’est très spectaculaire (on a l’impression d’entendre plusieurs voix en même temps, et des harmoniques très riches). Sa voix couvre une amplitude impressionnante et descend jusqu’à des sons incroyablement graves.
Après cette première partie pleine de découvertes pour moi, le concert de musique country me paraît moins intéressant. N’en déplaise aux critiques du That’s Beijing, je crois que, décidément, je n’aime pas tellement la country !!

 

Dimanche 20 Novembre – Lush


Toujours sur les conseils du That’s Beijing, je prend mon courage à deux mains pour traverser la moitié de la ville en métro, jusqu’à la sortie Wudaokou, en face de laquelle se trouve un des quartiers étudiants les plus animés. Au milieu de la succession de bars et de boites se trouve le Lush, qui propose chaque dimanche une « scène ouverte ». L’ambiance est festive, mais un peu trop enfumée et bruyante à mon goût. Je note tout de même que le Lush est situé au premier étage d’une librairie qui propose de nombreux livres en langues étrangères, qui a l’air tout a fait sympathique, et qu’une petite boutique de vêtements originaux s’est installée sur le pallier qui accède au bar lui-même. Le public est étudiant et cosmopolite. Malheureusement, il semble que ce soir-là la scène ouverte ait été remplacée par un concert d’un groupe de rock anglophone… Il me faudra peut-être renouveller l’expérience un autre soir !

 

Mardi 22 Novembre – Centre Culturel français

Le nouveau Centre Culturel Français, dans la rue ouest du Stade des Travailleurs, regroupe une médiathèque, une librairie bien fournie, un cinéma, et au premier étage l’Alliance Française où de nombreux étudiants chinois apprennent le français. J’y passe régulièrement, pour lire la presse française et emprunter des livres. Ce soir-là, je suis restée pour la projection du film Se Souvenir des Belles Choses de Zabou Breitman, qui m’a particulièrement touchée.

 

Jeudi 24 Novembre – Eje Bar

Attirés par une rumeur disant qu’un groupe de francophones se réunit le jeudi à l’Eje Bar, je m’y rend accompagnée de mon amie chinoise Sun Míng, et d’Adèle, qui étudie le chinois à l’Université des Langues Etrangères. L’Eje Bar est particulièrement difficile à trouver, caché dans un hutong derrière le Temple de Confucius. C’est un des derniers hutongs dignes de ce nom, des ruelles en terre où les voitures ne peuvent pas passer, sans éclairage la nuit, ruelles silencieuses et désertes. L’Eje bar est une Siheyuan (cour carrée) miraculeusement préservée, et agréablement aménagée en petit café cosy.
L’information sur la réunion francophone se révèle fausse, mais nous passons un très bon moment à profiter du charme du lieu, qui est élu à l’unanimité pour accueillir les Cafés Franco-chinois qui commencent début décembre.

 

Vendredi 25 novembre – South Gate Place

Encore un spectacle franco-chinois, proposé dans l’enceinte de Dashanzi, cet ancien ensemble industriel reconverti en lieux culturels. « Perfume of the Night » réunit une chanteuse chinoise qui interprète d’anciennes chansons shanghaiennes, et deux artistes français qui accompagnent sa prestation de mixages sonores et visuels (extraits de vieux films, captations du spectacle en direct…). L’ensemble est un peu trop travaillé et artificiel à mon goût, mais je suis ravie de découvrir ce petit théâtre d’une centaine de place, tenu par une équipe cosmopolite et qui semble proposer chaque semaine des spectacles internationaux et innovants. Je sais déjà que je reviendrai prochainement !

 

Samedi 26 novembre – Cherry Lane Movies

Je connaissais déjà le Cherry Lane Movies, petit cinéma alternatif monté par une équipe anglaise, qui propose des films chinois sous-titrés en anglais. Cela ne m’a pas empêchée de me perdre et de manquer la petite cour qui abrite le cinéma – décidément, il semble que les lieux culturels à Pékin rivalisent dans la difficulté à les localiser !!

Au programme ce soir, « This Site of heaven », une fiction retraçant la vie d’une jeune fille du Sichuan vendue à un paysan pour lui servir de femme. Un sujet sensible et difficile, traité avec courage par une réalisatrice femme. Quelques très belles images et des séquences très touchantes alternent de manière surprenante avec des passages qui relèvent plus du téléfilm, dans tout ce que cela peut avoir de mauvais en Chine (larmoiements, musique grandiloquente et absence d’esthétique). La rencontre avec la réalisatrice à l’issue de la projection permet de découvrir les conditions de tournage de ce film, interdit à la projection dans les salles chinoises (je suis d’ailleurs très étonnée de découvrir que non seulement elle a pu tourner ce film sans autorisation, mais également qu’elle peut le montrer dans des salles comme celles-ci. Cela illustre bien son propos quant au léger relâchement dans le contrôle des œuvres cinématographiques par le gouvernement chinois).

 

Vous connaissez maintenant quelques-uns des centaines de lieux culturels abrités par la capitale, petites salles alternatives et discrètes ou grands théâtres institutionnels. Pour l’instant, aucun spectacle ne m’a vraiment emballée, mais j’ai pris plaisir à découvrir ces endroits et rencontrer les équipes qui les animent…

 

Samedi 26 novembre - Blagnac


Une réussite pour le premier stage de calligraphie de la saison organisé par tchin-tchine !

Quatorze élèves de tous âges étaient réunis pendant 3 heures autour de Yin Hang, notre calligraphe qui a étudié l’art de l’écriture chinoise pendant plus de 10 ans en Chine.

La découverte du matériel (« les cinq trésors du lettré »), la tenue du pinceau et l’apprentissage de l’ordre des traits ont occupé une bonne moitié du stage. La dernière heure a été consacrée au traçage de caractères et à l’écriture de son propre prénom. Peu d’élèves connaissaient la langue chinoise, mais tous ont été séduits par cet art à mi-chemin entre l’écriture et la peinture.







Impressions de stagiaires :

A quand une deuxième séance ? C’était super, merci !

Un très agréable moment passé, petit voyage en Chine, surtout premier contact avec cette magnifique technique : la calligraphie chinoise… j’ai beaucoup aimé bien sûr, et je m’inscris déjà au prochain !!!

 

Mardi 22 novembre - Blagnac


La salle de spectacles Odyssud accueille pour une dizaine de jours la troupe de Cirque de Chine de Dalian. A cette occasion, Odyssud a fait appel à tchin-tchine pour donner au hall d’accueil une allure chinoise.

Nous avons donc déballé notre matériel de décoration ramené de nos derniers voyages en Chine : lanternes, lampions, sentences portant bonheur, rouleau de calligraphie… Le hall d’Odyssud est désormais aux couleurs de la Chine. En même temps, Marilou Castilla présente son exposition photographique « Une autre Chine » sur les minorités chinoises du Yunnan.





Quelques heures plus tard, direction Sud Radio : la venue de ce cirque a donné lieu à une émission spéciale sur la Chine. L’occasion de parler de cet art chinois bien sûr, mais aussi de la vie des chinois à Toulouse. L’équipe de tchin-tchine a donc été invitée pour en parler en direct aux auditeurs du Sud de la France !
Lundi 14 novembre - Toulouse



Le café Chine de novembre avait pour thème "les relations homme-femme". Un vaste sujet qui illustre bien les différentes manières de voir le monde depuis la France ou la Chine!

En témoigne ce proverbe chinois:
Chu lian yi ban bu hui chen gong (en général le premier amour ne réussit pas)!


Les discussions n'en sont pas moins restées conviviales, chacun s'est exprimé ouvertement dans la mesure de ses possibilités linguistiques.






Vous pouvez retrouver un article de presse paru ce jour dans notre revue de presse.

Lundi 6 novembre - Fujian

 

Nous sommes partis au milieu de la nuit, dans deux beaux bus décorés de banderoles rouges et de drapeaux. Un des bus abritait la statue de Bao Sheng Da Di, ainsi que les percussionnistes qui ont rythmé tout le trajet...

Au fur et à mesure des villages que nous traversons, trois autres groupes nous ont rejoint, avec chacun sa statue. Nous avons roulé toute la matinée, pour arriver à Jiao Mei, le village natal du saint, où un temple lui est dédié.

 

Les villageois ont installé les statues sur l'autel, pendant que des centaines de pétards explosaient sur le parvis et que la fanfare municipale jouait à tout va (en même temps que nos percussionnistes et ceux du village voisin). Une belle cacophonie !

 

Chacun a sorti les encens, les bougies et les offrandes rapportés du village. Rien à voir avec les assiettes de fruits d'hier : des poissons, des canards, des têtes et des pieds de porc, du tofu, des oeufs, de l'alcool et de la bière...

 

 

 

 

 

 

Après plusieurs heures de prières, un des responsables des festivités a amené deux poules, qu'il a saigné sur l'autel, sur les drapeaux, les habits neufs des statues, les papiers-prières à brûler.


Ensuite, deux moines ont ôté les anciens vêtements des statues, les ont lavées et leur ont enfilé des vêtements neufs Cet instant a été salué par de nouvelles explosions de petards, puis nous voila repartis pour le même trajet dans l'autre sens.

Nous nous sommes arrêtés deux fois, dans des hameaux où les villageois attendaient notre passage pour saluer les statues. A chaque fois, nous avons installé les statues sur un autel de fortune, fait exploser des pétards, tambouriné sur les percussions, avant de reprendre la route…

 

 

Nous sommes rentrés dans la nuit, et chacun est allé profiter de quelques heures de sommeil avant de se remettre en route.

 

Les festivités continuent demain avec une procession à travers les champs ainsi qu’un grand banquet.

 

De mon côté, il me faudra malheureusement rejoindre Xiamen où m’attend l’avion qui me ramènera à Pékin, heureuse d’avoir passé quatre jours exceptionnels chez les hakkas du Fujian, qui méritent bien leur réputation d’hospitalité !

 

 

 

Lundi 6 novembre - Blagnac


Quelques semaines après la rentrée, l’heure est au premier bilan.

Cette troisième saison de tchin-tchine s’annonce très bien : l’association se développe et poursuit son chemin sur une pente ascendante!
Nous avons plus de 60 élèves inscrits aux cours de chinois (entre Toulouse, Blagnac et Tarbes), plus de 120 personnes ont déjà adhéré à l’association, le site internet est visité par 1000 personnes chaque mois…
Les projets vont aussi bon train : au delà des stages de cuisine, calligraphie et chinois, des plans d’équipements pédagogiques initialement prévus, des rencontres littéraires sont en projet pour le printemps prochain en France, et des tournées en Chine se préparent !

Donc, un grand merci à tous ceux qui nous soutiennent et sans qui l’association n’existerait pas !


Dimanche 5 novembre - Fujian
 

 

Aujourd'hui commencent des festivités qui vont durer 4 jours et n'ont lieu qu'une fois tous les quatre ans. Il s’agit de rentre hommage à Bao Sheng Da Di, une divinité locale très importante pour les hakkas.

 

Tout a commencé ce matin, à 8h, dans une parcelle fraîchement moissonnée au coeur du village. Les enfants se sont regroupes pour se partager de grands drapeaux rouges, les adultes sont allés chercher les instruments de musique (tambours, cymbales, gongs) et nous voila partis à travers la campagne vers une destination mystérieuse... sous un soleil de plomb malgré l'heure matinale.

 

Apres une demi-heure de marche à travers champs, nous sommes arrivés a un petit temple à l'entrée d'un village voisin, but de notre pérégrination.

 

C'est un temple dédie a Bao Sheng Da Di. A l'origine, simple médecin chargé de veiller sur la santé de l’Empereur Taizong (dynastie Song), il guérit miraculeusement l’empereur, qui décida de lui rendre un culte, après la mort du médecin.

 

 

 

 

L'arrivée dans le temple de notre petite troupe est tout le contraire de ce que l'on pourrait attendre pour une cérémonie religieuse. Des explosions saluent notre arrivée. C'est un petit vieux, équipé d'une sorte de petit canon scié, dans lequel il enfourne de la poudre qu'il allume à l'aide d'un morceau de foin. L'effet est saisissant, on dirait une bombe !

Dans le temple, les femmes allument de l'encens et font brûler du papier, les hommes boivent le thé pour se remettre du trajet, les enfants jouent avec l'eau du puits. Tout le monde parle fort, l'agitation est à son comble! Ici, pas besoin de silence pour le recueillement.

 

 

Au bout d'une demi-heure environ, les hommes amènent une chaise à porteur, et le plus âgé va chercher la statue de Bao Sheng Da Di qu'il installe amoureusement dans la chaise à porteur. Quatre jeunes posent les bâtons de la chaise sur leurs épaules, les hommes tapent de plus belle sur leurs percussions, et nous voila repartis vers le village.

A notre arrivee, chaque villageois est sur le pas de sa porte, équipé de ribambelles de pétards. Les explosions se multiplient, nous sommes noyés dans la fumée ! Chaque famille accroche des bâtons d'encens près de sa porte, et tous se joignent au cortège jusqu'au petit champs où est installé depuis hier un petit autel, sous une toile de plastique. On y place Bao Sheng Da Di, puis chacun apporte ses offrandes, fruits (frais ou en plastique), bonbons, encens, papier, lingots de papier, bougies... tous viennent saluer a tour de rôle la statue, qui passera la journée ici, avant de partir demain pour un autre village.  

L'émotion du village à l'arrivée de cette statue de bois est très impressionnante et touchante. Les villageois sont vraiment, sincèrement heureux d'accueillir Bao Sheng Da Di. L'importance de cette fête est palpable.

 

 

 

 

Cet après-midi, une troupe de la région est venue donner une représentation de théâtre populaire. La fête commence des 3 heures pour les enfants qui viennent regarder le montage des décors, puis assister à une première représentation qui leur est réservée.  

 

A la tombée de la nuit, des feux d’artifice annoncent le début d’une autre représentation, à laquelle assiste tout le village. Un peu en retrait, plusieurs tables éclairées de lanternes accueillent quelques jeux d’argent auxquels les villageois se livrent avec passion et démesure…

 

samedi 4 novembre - Fujian
 

 

Après deux journées chez les Hakkas, j’ai déjà l’impression d’être la depuis deux semaines…

Ce matin, nous sommes partis au point du jour, dans les brumes matinales. Le paysage était complètement différent, la lumière plus diffuse, et surtout l’activité beaucoup plus intense. Hier, lors de nos visites, la majorité des habitants des Tulou étaient occupés aux travaux des champs.

 

Ce matin, nous avons vu les occupations du samedi matin… les enfants courent partout (il n’y a pas école), les femmes tressent le bambou pour faire des nattes (pour faire sécher le riz) ou des “paniers a salade” géants qui servent a la préparation des feuilles de thé après la récolte. C’est aussi le moment de laver les vêtements de la famille, a la rivière ou au bord du puits central du tulou, de préparer le repas, de repriser les vêtements, de faire sa toilette au puits. On entend de loin les bruits des voix qui se répondent a travers le Tulou, vivant et animé.

 


Nous avons roulé vers des villages plus élevés, et le spectacle du jour se levant à travers le voile de brume est absolument extraordinaire. C’est d’abord la lumière éclatante, aveuglante, diffusée par la brume et omniprésente, puis c’est d’un coup le soleil qui perce, on a passé la brume, et le ciel est là, aussi bleu qu’en plein jour. Magnifique.

 

 

 

 

 

Dans la matinée nous avons profité de l’altitude pour admirer toute la vallée, avec ses rizières en plateau et ses tulou a perte de vue, c’est très spectaculaire. En redescendant, les champs étaient plus animés. Nous sommes au début du 10e mois du calendrier lunaire, c’est le mois le plus important pour les hakkas (et certainement pour beaucoup de minorités vivant de l’agriculture) car c’est le moment des récoltes des fruits et du riz. C’est aussi le mois de nombreuses fêtes populaires et religieuses (dans le village, les festivités commencent demain matin). On voit partout des scènes de bois dressées pour l’occasion, avec des spectacles de marionnettes, d’opéra… et des temples de plein air ou l’on rend hommage à Bouddha, aux saints locaux ou aux ancêtres, en brûlant de l’encens et du papier de prière, en faisant éclater des pétards.


J’ai compris aujourd’hui pourquoi je n’ai pas vu de tombes en visitant hier un temple qui sert aux cérémonies de deuil. Les cercueils des défunts sont dans le tulou, dans la charpente du toit, on me les a montrés aujourd’hui, de beaux cercueils de bois sombre, imposants et simples. Juste au dessus des chambres.

 


Je discute avec mon hôte (et chauffeur de moto) autant que son accent et mes lacunes nous le permettent. Les hakkas sont une importante minorité du sud est de la Chine, ils se considèrent comme appartenant à l’ethnie Han (ethnie majoritaire en Chine). Les Hakkas ont la peau plus sombre que la majorité des Chinois, et parlent Kejiahua, un dialecte dont je ne comprend pas un mot. J’ai appris à dire Bonjour et Merci, c’est sans doute tout ce que je retiendrai de cette langue étrange et difficile, aux sonorités gutturales (avec des mg’ ou ng’ comme dans le cantonnais) et nasales. Nous avons parlé de nos vies, si différentes. Il gagne environ 10.000 yuans par mois, soit 1.000 euros, ce qui est assez considérable au vu du faible niveau de vie dans la vallée. Il faut se souvenir que ce salaire nourrit sa femme et sa fille, mais aussi ses deux parents, son frère et sa sœur avant leur mariage. Il souhaite un deuxième enfant d’ici quelques années. Pour cette deuxième naissance, il devra s’acquitter d’une amende de 20.000 yuans en raison de la politique de contrôle des naissances.

 

 

 

 

 

 

Je mange a la table familiale, une nourriture étonnement fine et raffine pour une région si reculée. Je retrouve à chaque repas les haricots jaunes, cuisinés avec des feuilles de moutarde séchées et une sorte de cornichons, ainsi que la soupe de boeuf aux navets, les légumes verts (avant la cuisson on dirait des feuilles de platane), les lamelles de boeufs aux oignons. Nous avons mange hier des aubergines cuites a la bière, délicieuses (c’est d’ailleurs étonnant de faire une si bonne cuisine avec une si mauvaise bière !). Les haricots jaunes servent également a préparer la boisson du matin, après passage a la centrifugeuse (j’ai un peu de mal avec le jus de haricot jaune au saut du lit, j’avoue). On ne mange ni fruits ni desserts, comme partout en Chine.

 

Vendredi 3 novembre - Fujian
 

 

Me voilà arrivée chez les hakkas, directement de Quanzhou en bus. Le trajet est incroyablement long, mais à l'arrivée, quel bonheur! Le bus m'a déposée en face d'un Tulou, ces bâtisses de terre datant de 1500 environ, ou vivent ensemble plusieurs familles. Une première visite permet de découvrir l’architecture incroyable de ces Tulou, grands bâtiments ronds, d'environ 30 mètres de diamètre, de 7 ou 8 mètres de haut, avec un mur de terre épais d'un mètre et demi. A l'intérieur, tout est construit en bois : planchers, plafonds, escaliers, cloisons et charpentes.

Le long du mur, le rez-de-chaussée est réservé aux cuisines. Au premier étage, on trouve les réserves de grain, avec un seuil surélevé pour stocker les céréales et pour éviter que les souris ne rongent la porte. Au deuxième et au troisième étage, les chambres, avec le long de la balustrade les pots de chambre : il n'y a pas de toilettes dans les tulou...

 

 

 

 

 

 

Au milieu du Tulou, on a construit un deuxième cercle de bâtiments de bois, Dont le rez-de-chaussée abrite les animaux (porcs, canards et poules essentiellement). Au premier, d'autres chambres ont été ajoutées lorsque la population a augmenté. Le Tulou en question abrite aujourd'hui 12 familles, mais il y a 20 ans il y en avait 80, soit 500 personnes environ.

En ressortant du tulou, petite scène campagnarde : deux paysans ont attrapé un gros serpent et le dépècent, pour la plus grande joie des gamins qui sont accourus avec les hachoirs familiaux pour profiter de l'aubaine. Un des hommes tire sur la chair, l'autre sur la peau qui s'enlève comme une chaussette...

 

 

J’ai trouvé un hébergement agréable dans une petite auberge familiale en face de ce premier Tulou ; j’y suis accueillie en amie par une famille hakka composée d’une jeune couple et leur fillette de 4 ans, des parents du mari ainsi que de son frère et sa sœur, pas encore mariés, et de deux cousins.

La journée de vendredi a été consacrée a la visite de la région en moto, après avoir déposée la petite fille de mes hôtes a l'école (en moto bien sûr !).

je pensais que ces Tulous étaient de rares résurgences du passe, et qu'il en restait peu : en fait, la région en est truffée... il y en a dans tous les villages, des ronds, des carres, en haut de la montagne, au bord de l'eau, petits, énormes, restaurés ou en ruine… tous les villages comprennent au moins la moitie d'habitations en terre, Tulou ou fermes familiales. Tous sont habités. 

 

 

 

 

 

 

J'ai profité de la balade pour admirer les paysages (notamment les cultures en terrasse, aussi belles que sur les cartes postales!) et m’intéresser aux travaux des champs. On cultive ici le riz, le thé, le kaki et la banane. Nous sommes dans la période de récolte du riz, partout les paysans le font sécher sur de grandes paillasses de bambou, avant de le passer dans d'antiques machines de bois pour séparer la graine de sa peau. Les kakis aussi sont exposes au soleil, on admire partout leur belle couleur rouge orangée.

Autre petit événement du village : aujourd'hui, un Huaqiao, un chinois expatrié a l'étranger, revenait dans son village natal. Tous les enfants du village étaient de sortie, pour former une haie d'honneur avec fleurs, drapeaux, percussions et belles filles en tenue traditionnelle... je n'ai pas vu le Huaqiao en question, malheureusement (mais je suis passée en moto au milieu de la haie d'honneur... !)

 

Mardi 1er novembre - Quanzhou

 

Me voila partie pour une semaine de vacances dans le Fujian...

 

J'ai pris hier depuis Pékin un vol direct pour Xiamen (en face de l'Ile de Taiwan). A l'arrivée, le dépaysement est certain. Il fait ici une température printanière (j'ai d'ailleurs acheté des tongs...), et la ville ressemble au premier abord à Miami (du moins, à l'image que je me fais de Miami). Palmiers, grandes avenues et maisons blanches et prétentieuses... le centre ville réserve heureusement quelques heureuses surprises, à travers ses ruelles en dédale.

 

Je suis partie le même jour en bus pour Quanzhou, où je passe deux jours. J'ai visité aujourd'hui trois lieux de culte bien différents : j'ai passé la matinée dans un temple bouddhiste, en activité, dans lequel j'ai eu la chance d'assister à une cérémonie d'hommage aux ancêtres. J'y ai également croisé des ribambelles d'enfants, en sortie avec leurs institutrice... puis je me suis rendue a la Mosquée de Quanzhou, fameuse pour être la plus vieille de Chine (11ème siècle) et remarquable par son architecture simple et touchante. Tout à côté, j'ai assisté à un drôle de spectacle... dans une sorte de temple, les Chinois viennent consulter leur avenir à travers l'interprétation de baguettes de bambou gravées et de morceaux de bois poli, qu'ils laissent tomber par terre, puis interprètent la position des morceaux de bois... tout ceci reste un peu impénétrable à mes yeux!

 

 

 

 

 

 

Cette variété culturelle et religieuse, ajoutée à l'ambiance paisible de la ville, en fait un lieu de séjour très agréable.

J'ai aussi eu le plaisir de découvrir par hasard le local de répétition d'une troupe locale d'opéra du Fujian. Je les ai regardés travailler, amusée et intéressée par le décalage entre leurs mouvements et leurs chants, très conformes à la tradition et codifiés, et leur tenue de ville - tee.shirt et baskets....

Je pars demain passer la journée à Chongwu, ville fortifiée sur la mer.

 

Pour découvrir les autres mois.....